Pierre et le Loup, la vie et nous

Lorsque j'étais petite, j'adorais -comme beaucoup d'entre vous j'imagine- l'histoire de Pierre et le Loup. J'en avais le disque, raconté par Gérard Philippe, et à un moment, il y avait cette phrase : "Et maintenant, voici où en étaient les choses". J'aimais ce moment de pause, de recul sur l'histoire, de bilan, en quelque sorte de la situation : Pierre ramené manu militari chez lui par son grand-père, l'oiseau sur la branche, "à bonne distance du chat", et le malheureux canard avalé par le loup. J'avais le sentiment qu'une autre histoire allait commencer, donc que ça n'était pas du tout fini, que des rebondissements nous attendaient.

A plusieurs moments de ma vie, j'ai eu ce même sentiment, je me suis dit "Voici où en sont les choses". Bilans souvent difficiles, remises en cause, prises de conscience que certains aspects de ma vie devaient être modifiés, que certaines relations pouvaient être améliorées, que je devais mettre un terme à ce qui me faisait du mal, être moins du côté du loup, des peurs. Mais aussi qu'une autre histoire pouvait commencer, du moins - je ne suis pas naïve - que certains aspects de ma vie pouvaient évoluer. En mieux. Que d'autres perspectives pouvaient être envisagées, et que, quel que soit l'âge, il y avait encore de multiples possibilités.

L'année a été difficile pour moi, os cassés, hôpital, la douleur qui vous rend vulnérable, le corps qui donne le signal. Quelque chose doit changer. Ce sont des moments de rencontres avec la réalité brute, avec le décalage que nous avons laissé paresseusement s'installer entre nous et nos désirs et l'immense fatigue - ou ennui -  qui en résulte, où quelque chose en nous est mis à nu, mais aussi avec le sentiment qu'après avoir été un moment neutralisés, on peut redessiner le chemin.

C'est ce que j'ai voulu exprimer dans mon post précédent en évoquant mes interrogations à propos des réseaux sociaux, et sur la direction à donner, entre autres, à mon travail. Je vous remercie encore de vos commentaires si gentils, généreux, élogieux, ici et sur IG. J'essaie de répondre à chacun(e) d'entre vous,  de ne pas le faire trop mécaniquement, de vous (re)connaitre à travers ce que vous me dites, pardon si je n'ai pas toujours le temps de le faire pour tout le monde.

Il ne s'agit pas d'une révolution, mais à certains moments, de réfléchir sur ce qui ne nous convient plus, sur ce qui peut être davantage en cohérence avec nos désirs qui changent avec le temps, avec nos idéaux, nos rêves, avec nos aspirations murmurées comme le dit si joliment Jon Kabat-Zinn et que nous avons cessé d'écouter. De faire que notre vie ne soit pas juste une succession de jours, mais de lui trouver un sens plus vaste. Ni -dans un domaine plus modeste - d'arrêter ce blog, mais de réfléchir à la façon dont j'aimerais le poursuivre.

"Crise" en grec ancien, signifie "Décision". Ça peut passer par un grand bouleversement, mais la plupart du temps ce sont de toutes petites choses, une minuscule transformation de notre mécanique interne, un petit pas de côté par rapport à des routines de pensée et de vie qui nous épuisent et nous appauvrissent. Ça représente beaucoup de travail, ces petites choses, c'est une mise au point subtile, mais on en ressort fiers et heureux du chemin accompli.

Je pense souvent à cette phrase de Marguerite Yourcenar dans "Mémoires d'Hadrien":

"Tout bonheur est un chef-d'oeuvre. La moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit."

Et aussi à ce vieux monsieur, rencontré il y a des années en Grèce. Il tressait des paniers sur le pas de sa porte. Nous avons commencé à discuter dans une langue improbable (français/anglais et les deux mots1/2 de grec que je connaissais). Je lui ai dit que je trouvais ce qu'il faisait très beau. Il m'a expliqué qu'il avait récemment perdu son petit-fils qu'il adorait, et qu'il avait commencé à tresser des paniers pour s'occuper l'esprit. Et il a eu cette phrase que j'ai trouvée magnifique de sensibilité et de profondeur. "Ça ne sert à rien mais ça me sert".

 Alors pour moi, Voici maintenant où en sont les choses : trouver aujourd'hui, avec ce que j'ai appris, en essayant d'éviter "la lourdeur, les erreurs et la sottise", ce qui, le mieux possible, me sert. Et avec, autant que possible,  la musique de l'innocence.


Merci encore infiniment de votre soutien et de vos encouragements, ils sont précieux.


Je vous souhaite de trouver, encore et toujours, ce qui vous sert, de construire votre propre chef-d'oeuvre, je vous souhaite un très bel été, harmonieux, paisible et lumineux.



Posté le  25 juillet 2017 sur "Les pensées vagabondes"






18 commentaires:

  1. Comme je comprends ce qui t'arrive ! Ma vie a été bouleversée et je me suis retrouvée cul par dessus tête. Elle l'est encore, depuis, plus ou moins. C'est signe, selon moi, d'évolution, quand on ne voit pas le choix qui s'offre à nous. Quand le plat repassé x fois est dédaigné, il nous faut être secoué. Laisse-toi doucement porter. Ne te retourne pas les méninges à l'envers, ne te pose pas de question, lâche prise et ce que tu dois faire t'apparaîtra en toute clarté. Il n'y aura plus qu'à laisser le tapis roulant te porter là où tu dois être. Je t'embrasse.

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    1. Merci beaucoup de ton message. J'espère que tu vas de mieux en mieux. Les crises sont salutaires et inévitables. j'en suis sortie, je suis plus dans la douceur, dans l'attente tranquille.Les choses se dénouent.

      je t'embrasse,

      mp

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  2. ton texte est très parlant, merci de l'avoir partagé ici.

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  3. Bonjour
    Je suis moi même en questionnement sur mon blog
    Je fais moins de choses qu'à Paris et j'ai du mal à trouver de quoi parler ou montrer
    Mais je prends toujours autant de plaisir à venir vous lire ou à admirer vos photos
    Je vous souhaite une belle journée
    Amitiés de Nimes
    Sophie

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  4. Je ne cesserai de vous lire tant vos mots sont forts et réels, c'est un enchantement de venir sur votre blog, moi cela me fait tant de bien de me plonger dans ce bel univers, tant qu'à votre questionnement sur les réseaux sociaux je le comprends il y a de belles choses mais aussi des choses moins bien je dirais, c'est vous qui êtes dans le vrai, vous qui parlez si bien de ce ressenti que de s'occuper l'esprit pour ne pas être envahi de toutes les questions de la terre! Vous êtes dans l'essentiel, dans la vraie vie! sans mascara...
    Merci Chère Marie Paule je continuerai à vous lire et je vous souhaite un Bel été, Pour la petite histoire je suis à 25 minutes de chez vous et j'espère participer à un de vos ateliers un jour,
    l'art floral est un bonheur...

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    1. Bonjour Marie, merci infiniment de ce très gentil message. J'espère aussi vous rencontrer un jour.

      Passez un très bel été et à bientôt,

      mp

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  5. - "Je n'ai plus Rien !"
    - "Débarrasse-toi du Rien."
    La paix arrive ici et maintenant.
    Lors de la construction du chef-d’œuvre, c'est loin d'être paisible et harmonieux (il y a beaucoup de "voici où en sont les choses") mais les Anges se réjouissent.
    Merci pour tes vœux et ton texte : je te souhaite tout l'apaisement du monde.
    Des bises.



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    1. Merci beaucoup de ton message. C'est loin d'être facile. On n'est pas heureux en faisant l'économie de certains chagrins, on n'est pas "heureux en dix leçons". Et c'est très bien comme ça!!

      Je t'embrasse,

      mp

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  6. "Ça ne sert à rien mais ça me sert"... voilà une phrase qui me convient tout à fait!!!
    Je suis aussi un peu en "reconstruction" depuis mon opération de l'an dernier et, sans les abandonner, je lève sensiblement le pied pour mes blogs.
    Je te lis toujours avec plaisir, depuis le début, tu le sais...
    Je te souhaite un tout bel été et je t'embrasse très fort...

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    1. Coucou Béa, merci de ton message, et aussi, c'est vrai de ta fidélité. Je crois que tu as été une des premières inscrites chez moi!!! Je crois que nous sommes toutes prises dans la même vague, addiction aux réseaux sociaux que l'on découvre, et où l'on se découvre, puis lassitude, et l'obligation de s'interroger sur le sens de tout ça, sur de nouvelles directions à prendre. C'est bien d'être "en reconstruction", pas toujours facile, mais inévitable.

      J'espère que tu vas bien et que tu te remets aussi bien que possible.

      Je t'embrasse, très bel été à toi aussi.

      mp

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  7. Tout d'abord merci pour tous vos "élégants posts", images d'un bonheur lisse qui font que que l'on ne soupçonne en aucune manière que leur auteure puisse souffrir d'une quelconque façon, habituées que nous sommes à contempler ses fleurs, ses décors champêtres, ses objets simples jusqu'à la sophistication en une transformation du quotidien où la moindre collation devient une fête et le moindre bouquet un bijou, enchantement, rien que pour nos yeux émerveillés que l'on prend égoistement en ne pensant qu'à notre unique plaisir. Alors merci de continuer à entretenir ce plaisir que vous savez si bien offrir. Juste une remarque : Crise, en grec moderne se dit 'Krisis" et décision:απόφαση [apofassi]. Pour tout dire, la "crise grecque" a aussi été le moyen pour beaucoup de prendre des décisions et d'envisager des changements de vie. Comme le monsieur qui a dissimulé son chagrin dans le tressage de ses paniers. On dissimule beaucoup son chagrin ici. Comme vous visiblement.Il y peut-être quelque chose de 'grec" en vous.

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  8. Chère Liza, merci beaucoup de votre précieux message. Ce n'est pas tant que je dissimule mon chagrin (et d'ailleurs, il ne s'agit pas de chagrin, mais plutôt d'interrogations)- les quelques proches que je "saoule" avec mes questions existentielles pourraient vous le confirmer- que le fait d'hésiter à me répandre sur les réseaux sociaux. Je ne le fais qu'avec la volonté de créer du lien, car je crois que nous vivons tous, à certains moments, les mêmes expériences.

    Merci pour votre précision sur le mot, "Crise", c'est ce que j'avais compris (du moins en grec ancien), et c'est en ça qu'il me semblait intéressant : la crise amène la décision.

    Flattée s'il y a quelque chose de "Grec" en moi. Ce pays me manque.

    Je vous embrasse, à bientôt,

    mp

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  9. Où dois-je commencer, Marie-Paule? J'ai lu ton billet deux fois, et j'ai "bookmarked" ce billet sur mon ordi, pour que je puisse le relire.

    Je suis en vacances depuis le 3 juin. Je me suis dit, "Maintenant, cet été, j'atteindrai tous mes objectifs (publier des poèmes, prendre des photos). Au contraire, je suis toute seule chez moi, mon mari travaille, et je n'ai aucune amie qui puisse m'aider et je n'ai pas écrit des poèmes d'importance. Alors, je suis seule pendant tout l'été, chez moi avec mes pensées, avec mes "échecs."Cependant, ces moments de vulnérabilité sont très importants, car exactement ce que tu dis ici, c'est le message que je dois recontrer chaque jour de solitude chez moi. Moi, Il faut que j'oublie "ce qui sert au monde" et adopter l'attitude, "Ce qui me sert." Oui, avant de servir au monde, il faut être le bonheur, il faut être le message, l'art, et ceux-ci, comprennent la vulnérabilité.

    Beaucoup plus à dire, merci infiniment, Anita

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  10. Quel post magnifique ! Visiblement il touche chacune d'entre nous de façon particulière.
    Moi je l'ai lu avec délectation et je le relirai certainement encore plusieurs fois.
    Il serait banal de dire que je ne sais plus où j'en suis car je pense que j'ai passé toute ma vie dans cet état d'esprit. Maintenant je ne me demande plus mais j'accumule les jours qui passent avec parfois l'illusion d'un bonheur passager...
    Merci de partager avec nous ces belles pensées !!

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  11. Qu'elles sont belles et vraies ces pensees vagabondes...je crois que nous sommes nombreuses a partager ton point de vue Marie-Paule mais bien peu capables de les exprimer aussi élégamment. Merci de partager tes réflexions elles nous font avancer nous aussi...Bel été à toi...

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  12. j'ai relu et je relirai ce post plusieurs fois.
    pour tout, chère Marie Paule, vous n'êtes qu'élégance, une élégance rare.
    merci pour ça et vous parlez de "se copier"....je n'ai rien vu de tel chez vous, unique Marie Paule.
    bel été à vous.
    je me permets de vous embrasser.

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    1. Bonjour Nadia,

      Mille mercis de votre si gentil message. Moi aussi je prends plaisir à relire ces commentaires si élogieux, pas par narcissisme -du moins pas uniquement..._ mais parce que j'ai eu longtemps le sentiment de n'avoir aucune légitimité pour écrire ce genre de choses. Quelle est la limite entre le lien que l'on peut créer entre les gens et l'impudeur?
      Toujours ce syndrome Kim Kardashian ;-)))))) !!!!

      Je vous souhaite aussi un très bel été et je vous embrasse,

      mp

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  13. Chère Marie-Paule,
    L'été met internet à bonne distance de mes préoccupations mais je consulte aujourd'hui mes mails avec d'autant plus de délice que je découvre ton message tout en pudeur et en élégance. La vie nous emmène parfois là où nous ne le souhaitions pas mais elle se charge aussi de nous conduire là où nous n'aurions pas osé l'imaginer. Comme tu le sais, j'en étais un peu là (c'est à dire où je ne savais plus trop moi-même) lorsque j'ai entrepris le récit qui prend peu à peu forme et réconcilie mes émotions avec le réel, en recollant les morceaux d'un puzzle éparpillé. Je perçois chez toi le frémissement que font naître la lassitude du quotidien et la soif du beau. Tu sais Ô combien écouter ce (et ceux) qui t'entoure(nt) ; tu trouveras certainement dans les beautés de la nature qui t'environne la flamme pour l'avenir. Merci pour ton écriture si limpide et qui parle droit au coeur. Merci pour cet instant suspendu de "Pierre et le loup" (que j'ai écouté en boucle dans ma voiture avec mon petit-fils !).
    A bientôt pour de nouveaux échanges.
    "Et l'oiseau, aussitôt, s'envola sur l'arbre !"
    Laure

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